Les centres de formation français sont-ils des centres de formatage ?

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Connaissez-vous le point commun existant entre le début de carrière de Franck Ribéry, Nabil Fékir, Wissem Ben Yedder ou encore d’Adrien Regattin ? Il est tout simple…

Aucun d’entre eux n’a effectué un cursus intégral de formation dans une structure professionnelle. La raison ? Regattin et Fékir ont été remercié par le MHSC et l’OL à l’âge de 14 ans. Ribéry a lui été sommé de quitter le Losc à 16 ans. Enfin Ben Yedder, qui a d’abord fait ses preuves dans le futsal, n’a rejoint le TFC qu’à 20 ans, après une saison, réussie, à Alfortville en CFA.

Une question de gabarit ?

Vous constaterez également que ces 4 joueurs figurent parmi les plus petits de leur génération. 1,66m pour Regattin, 1,70m pour Ben Yedder et Ribéry, 1,73m pour Fékir. Or être grand et costaud s’est révélé être un critère primordial pour bon nombre de recruteurs de centres de formation ces deux dernières décennies.

Bien que les mentalités soient en train d’évoluer, et ce en grande partie du fait des succès rencontrés par le football espagnol à la fin des années 2000 ; c’est par exemple en raison d’un gabarit jugé trop fluet qu’un joueur comme Sofiane Boufal est passé à deux doigts de se faire éjecté du centre de formation d’Angers en 2010. Seul le lobbying de plusieurs techniciens angevins convaincus par ses qualités techniques lui avait à l’époque assuré un sursis. Cinq ans plus tard, force est de constater que le Franco-Marocain a donné raison à ses bienfaiteurs.

Le temps des dribbleurs disparus…

Aujourd’hui la valeur de chacun de ces joueurs oscille, selon le site allemand Transfermarket, entre 2 et 15 millions d’euros. Autrement dit, dans la fourchette (très) haute des footballeurs professionnels. Ces joueurs offensifs possèdent, il est vrai, une qualité rare dans le football de très haut niveau : la faculté à éliminer leur adversaire direct. Une qualité s’expliquant, certes, en partie par leur « petite taille » qui leur garantit un centre de gravité souvent plus bas que celui de leur vis-à-vis, tout comme une capacité à toucher le ballon, lors de leur conduite de balle, à une fréquence plus importante. Autant de qualités indispensables à un bon dribbleur.

Mais plus encore, ils sont encore habités par cette once de fraîcheur qui fait bien souvent défaut dans le foot professionnel. Il faut dire qu’à l’inverse de leurs confrères, qui depuis leurs adolescences s’entraînent durant « les heures de bureaux » en répétant des exercices de conservation de balles, où le nombre de touches de balle est limité, et où, si vous avez le malheur d’avoir perdu la balle en tentant de jouer vers l’avant, il vous sera reproché de ne pas vous être appuyé sur le partenaire en retrait ; ces joueurs ont eux eu le loisir de cultiver un style atypique durant leurs années « hors système pro ». Avec, on l’image une dimension plaisir bien plus prégnante.

En même temps difficile de jeter l’opprobre sur les centres de formations. Il va de leurs intérêts, comme de celui de leurs jeunes joueurs membres, de former des joueurs polyvalents s’adaptant à plusieurs systèmes de jeux étant donné, la durée de vie extrêmement précaire des effectifs et des projets de jeux.

Les centres de formations des usines à footballeur à athlète ?

L’accent est ainsi mis sur la progression athlétique des jeunes footballeurs. Il y a encore 20 ans, il aurait été surréaliste d’imaginer un arrière central effectuer 100 mètres sur un terrain de football en moins de 12 secondes. C’est ce qu’a pourtant réalisé le 3 novembre dernier Raphaël Varanne face au PSG. Après avoir apporté le danger devant les cages de Kevin Trapp sur un corner, il est revenu, sur la contre-attaque parisienne, à toute vitesse vers son but pour sauver, in fine, sur sa ligne, le ballon qui filait dans ses cages.

Il avait déjà fait étalage de sa vitesse en avril 2015, lors du derby madrilène face aux Colchoneros.

Malgré ces remarques qu’il semble important de formuler, n’oublions pas que les centres de formation de football français font toujours partis des meilleures écoles mondiales. Les clubs ont d’aillerus une approche de plus en plus globale vis-à-vis de leur centre, et tendent à mettre celui-ci au cœur de leur projet sportif. Les parcours de joueurs comme Ribéry, Fékir, Ben Yedder ou Regattin se feront donc de plus en plus rares. Cependant, ils sont la preuve qu’un gros mental et la passion du football permettent, en partie, aussi, d’accéder à une brillante carrière professionnelle.

Arrêts de jeu :

Si on devait désigner deux personnes convaincus du déclin du football français, et de sa formation, on ne trouverait pas plus véhément que Faouzi Dejdou Benabid, recruteur à Niort et Yacine Hamened éducateur, un temps passé par Evian. Ils sont tous deux les coauteurs d’un ouvrage sorti en mai dernier qui dézingue à tout va sur les Institutions françaises de football.

Pourquoi le foot français va dans le mur pointe du doigt la déliquescence de la formation française, symbolisée par l’absence de titre internationaux chez les Espoirs depuis 1998 et par la recrudescence de joueurs professionnels moyens, notamment offensivement. Ce sont souvent des joueurs qui courent vite, servent de fixation en étant limités tant techniquement que dans l’intelligence de jeu. Ils citent en guise d’exemple les noms de Cissé, Hoarau, Gignac, Roux, Sow ou encore Erding.

Les dirigeants de clubs ne sont eux pas en reste, et subissent aussi un lot de reproches plus ou moins justifié. Extrait : « Lors de la première explosion des droits télé, les budgets ont augmenté. Qu’ont fait les clubs ? Ils ont préféré augmenter les salaires de tous les joueurs moyens. Ils ont fait exploser leur masse salariale (…). C’est un peu comme si une entreprise ne se penchait pas sur la recherche, le développement, la compétence, les hommes, les structures, l’outil de travail… ».

Enfin les entraîneurs frileux, ayant pour seule ambition de ne pas perdre, à l’image de Baup à l’OM ou de Girard à Lille font également partis des cibles de ce livre, vous l’aurez compris, sans compromis : « Il n’y a plus d’entraîneurs aujourd’hui qui prônent un football défensif, un jeu négatif. On peut voir du pragmatisme face à une situation donnée, mais globalement, le football est partout offensif. (…). Sauf en France »

Pourquoi le foot français va dans le mur

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3 commentaires

  • On nn’a jamais eu autant d »atttaquant pour l »équipe France et que je sache les BEN ARFA BENZEMA COMAN MARTIAL DEMBELE LEMAR sont tous passé par les centres de Formation Français.
    C »est un mauvais procès et les jeunes de L »équipe de FRANCE avec VARANE ET POGBA sauront le démontrer en gagnant le championnat d »Europe après avoir été champion du monde U 19 en 2013 .

    • Vivre du Foot

      Bonjour Patrick,

      En effet, et j’espère que votre pronostic concernant l’Euro 2016 s’avérera juste 😉

      Le but de cet article était d’apporter une réflexion, dans la continuité de l’ouvrage « Pourquoi le foot français va dans le mur », sur la pertinence des choix faits en matière de formation par les clubs français.

      Cela étant dit, il est clair que la France dispose actuellement d’un des réservoirs les plus étoffés en matière de joueur offensif de classe internationale. Et comme vous le souligner, 95% d’entre eux ont en effet dû effectuer leur cursus complet au sein d’un CdF français.

  • je reve d’etre un footballeur

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